Vanik Berberian, maire rural sans langue de bois

 

GRAND DÉBAT à côté de quelques leaders des Gilets Jaunes, le maire de Gargilesse, président des maires ruraux, est devenu la coqueluche des médias pour son franc parler et le succès des cahiers de doléances.

Gargilesse (Indre), commune chère à George Sand, a fait de Vanik Berberian son maire depuis 1989. Belle naturalisation berrichonne pour ce fils d’immigré. «Ma mère était cannoise, mon père ex-Egyptien d’origine arménienne né en Bulgarie, disaient ses papiers officiels. Allez obtenir un acte de naissance avec ça. Il n’avait que son permis de conduire comme document d’identité.» De passage à Châteauroux pour une remise de diplômes à des étudiants, il nous a accordé trois quarts d’heure pour parler de son début d’année sur les chapeaux de roues.

«Tout s’est déclenché avec l’opération mairies ouvertes et le lancement des cahiers de doléances par l’association des maires ruraux. C’était en quelques sorte une première réponse des politiques aux Gilets Jaunes: quittez les ronds-points pour aller vous exprimer dans les mairies. Les médias avaient besoin de contacts, les maires ruraux étaient les mieux placés pour parler des problèmes de la ruralité évoqués sur les ronds points.»

En fait l’association que préside Vanik Berberian a été considérée comme un interlocuteur valable avant le début de la crise. «Le premier Ministre nous avait contactés en novembre à propos de la taxe sur les carburants. Nous lui avions déconseillé, chiffres à l’appui, pointant les répercussions de cette taxe sur un couple de ruraux, en vain. «On maintient le cap» nous avait-il répondu. C’est l’ampleur du décalage entre le pouvoir et les maires qui m’a surpris. Nous avons été réinvités après le deuxième week-end de manifestations pour préparer le débat sur la transition énergétique. Ce manque de flair m’a surpris, comme si c’était alors le sujet essentiel…»

Mais le vrai départ date du 2 janvier, lorsque Vanik Berberian fut l’invité politique de la matinale de France Inter, la première audience nationale de cette tranche d’actualités. Le franc parler du maire de Gargilesse a fait tilt auprès des journalistes. Tout le monde voulait avoir à l’antenne ce politique «qui dit tout ce que les politiques ne disent pas depuis trente ans» comme le résumait une auditrice.

«Je ne sais pas combien de sollicitations j’ai pu avoir à partir de ce moment-là. J’en suis rendu à refuser des demandes d’interviews et à renvoyer vers mes collègues de l’association, parce que l’association des maires ruraux, ce n’est pas que Vanik Berberian. J’ai même décliné le voeu du président Macron qui souhaitait que je l’accompagne en Normandie pour le premier grand débat. D’abord parce que notre association n’est pas engagée aux côtés du gouvernement dans cette démarche, même si nous souhaitons jouer le jeu pour que cette grande consultation réussisse.» Il se félicite que l’intervention de son collègue de l’Eure, vice président de l’association ait été consultée à de multiples reprises sur les réseaux sociaux suite au premier débat.

Sortir du complexe du plouc

Vanik Berberian ne cache pas sa satisfaction de voir les maires redevenir  les interlocuteurs privilégiés du pouvoir et la ruralité retrouver des couleurs à l’occasion de cette crise. «La vraie parole est en train de se libérer. Il faut que l’on se débarrasse du complexe du plouc, qui conduit les petites villes à singer les grandes, Châteauroux à devenir Châteauroux Métropole. Notre capital, c’est l’espace. C’est le mode de calcul qu’il faut modifier. Lorsque l’on affecte des dotations d’équipement inférieures de moitié aux citoyens des campagnes par rapport aux citadins, il y a problème. Dans ce domaine, la responsabilité de la haute administration est énorme, c’est elle aussi qu’il faut réformer.»

Le maire de Gargilesse a cru, comme bon nombre de Français, à la nouvelle façon de faire de la politique que proclamaient les Marcheurs. «Ils sont allés vers les gens, mais avaient des cotons tiges dans les oreilles. La contestation actuelle est à la hauteur du désenchantement. C’est maintenant, à partir des multiples demandes des cahiers de doléances (qui vont faire l’objet d’une étude par les historiens) et des propositions du grand débat qu’il doit être possible de faire de la politique autrement.»

Parmi les multiples réactions qu’ont provoqué ses différentes interventions médiatiques, une l’a particulièrement touché. «Jack Lang nous a invité à l’Institut du Monde Arabe. Nous tiendrons notre prochain conseil d’administration là-bas avant de visiter les expositions en cours.»

Vanik Berberian n’envisage pas d’entrer au gouvernement, mais rejoindre le Sénat en 2020 ne lui déplairait pas.

 

Pierre Belsoeur