“A navet is born”, le billet d’humeur par Émilie Rencien

Si le soleil s’affiche ces derniers temps au zénith, fort en avance sur le timing, les nuages noirs paraissent stagner dans les cerveaux. La morosité persiste et signe, telle une ritournelle désenchantée. A lire les réseaux sociaux et les articles de presse, à écouter les lamentations du commun des mortels et les réclamations des cahiers de doléance, tout semble partir à vau-l’eau dans un contexte teinté d’un pessimisme pesant qui finit par plomber le moral des plus enjoués. Le jaune prend racine sur les ronds-points, tandis qu’une poignée d’élus sourds semble rêver de mourir sur (la) scène… du pouvoir, s’accrochant parfois désespérément à leurs fauteuils à coups de tambouille politicarde. En parallèle, certains journalistes nationaux en perdent le latin de leurs claviers en plaçant des « gueux » à Romorantin et le château de Chambord en Indre-et-Loire. De là à percevoir l’oeuvre de Satan, il n’y a qu’un pas que le pape François vient de franchir, s’agissant d’agissements pas toujours très catholiques de ses ouailles. « La mélancolie, c’est le bonheur d’être triste » écrivait Victor Hugo de sa plume et de son temps. Le monde actuel est en tout cas bien attristant, loin d’être bienheureux, surtout démentiel ! Zen, fuyons le toxique, et respirons une bouffée d’air… viciée. Dakar serait la deuxième ville la plus polluée du monde selon l’Organisation mondiale de la santé, pendant que l’herbicide glyphosate continue de gangréner notre quotidien, de la boîte de petits pois jusqu’aux protections hygiéniques féminines. La maison brûle, la langue de l’autruche étant préférée à la fable du colibri. Ca y est, ça vous donne le tournis aigri ? Alors en guise d’échappatoire, discutons actualité… futilités. Et comme la musique adoucit les moeurs, justement, Lady Gaga et Bradley Cooper ont remporté un Oscar de la meilleure chanson originale pour leur duo romantiquement entonné, « Shallow », dans le quatrième remake du film « A star is born » (version initiale datée de 1937; Judy Garland ou encore Barbra Streisand auront précédemment endossé le rôle). Le résumé rime avec cliché : une jeune chanteuse talentueuse parvient à toucher les étoiles de la gloire grâce à une romance dans les bras d’un célèbre artiste de la country en perte de vitesse, drogué, alcoolique, au passé écorché. Même au cinéma, l’amour déjà vu n’est pas rose et finit mal… Mais surtout, littéralement, “une étoile est née”, et de surcroît, un navet. Le long métrage est bien en deçà du foin médiatique qu’il aura généré. A plusieurs devant l’écran, les deux heures passent beaucoup plus vite car chaque convive peut y aller de son propre commentaire rieur, et il y en a pléthore à exprimer. Coupures rapides et hasardeuses d’un plan-séquence à l’autre, budget vestimentaire visiblement en berne avec des tenues parfois peu avantageuses pour Lady Gaga, scénario sans surprise et prévisible à l’avance, love story presque trop facile, manque de rythme et dialogues peu élaborés (du genre, morceau choisi : « tu ne portes pas de chaussettes ? »)… L’ensemble n’est guère de bon aloi. En sus, on ne voit absolument rien des scènes érotiques vite éclipsées, même pas un bout de sein fugueur ! Quant à la BO, elle s’écoute, si on omet de traduire les paroles, rédigées à l’eau de guimauve. « Il vaut mieux être à poil dans un chef d’oeuvre qu’habillée dans un navet » d’après Victoria Abril. Au milieu de cette bluette pour adolescentes, Bradley Cooper, au regard bleu azur dans lequel on fantasme de s’y noyer, crève davantage l’écran que Lady Gaga, à la chevelure de feu, peu convaincante et spontanée dans son jeu d’actrice. Ca y est, vous souriez volontiers ? C’est avec un bon vieux navet qu’on concocte les meilleures soupes divertissantes dans ce monde de sombres brutes. Aux oubliettes l’impôt sur le revenu universel suggéré par la ministre Jacqueline Gourault, les opioïdes et la frayeur supplémentaire qu’éveille en nous la journaliste Elise Lucet dans sa dernière enquête, et autres tracasseries récurrentes… Un nanar, et ça repart !