Châteauroux – La Berrichonne n’a pas laissé passer sa chance

Les Castelroussins champions de National. Deux fois seulement ils ont occupé la tête du classement. Ils retrouvent la ligue 2 et conservent leur statut professionnel.

Les supporteurs de la Berrichonne ont vécu une saison crispante : une victoire à l’extérieur pour ouvrir en beauté, mais immédiatement la première défaite « casquette » 3-0 à la maison. Le reste fut à l’avenant. Au moment où l’on pensait Michel Estevan et sa troupe sur les bons rails un résultat catastrophique venait tout remettre en question. Ce fut d’abord le 5-0 encaissé à la maison contre Epinal, un match contre un mal classé pour lequel on cherchait toutes les bonnes raisons de se faire du souci. Le mercato et l’arrivée de l’attaquant rémois Siebatcheu redonnaient un second souffle à une Berri qui enchainait les victoires. La montée allait être la conclusion logique pensaient les supporteurs. C’était sans compter une nouvelle catastrophe, un 5-0 encaissé à domicile contre le Paris FC, loin d’être une terreur en déplacement. Un trou noir qui succédait à l’expulsion de Michel Estevan lors d’une défaite à Sedan une semaine auparavant et la suspension de l’entraineur impliqué de surcroît dans une obscure affaire de paris sportifs non autorisés. On était à sept journées de la fin, la Berri venait de perdre une nouvelle fois à la maison contre Béziers et ça sentait sérieusement le roussi. Et puis Olivier Saragaglia, l’entraineur adjoint, ancien joueur de la Berri, se retrouva aux manettes. Résultat : sept derniers matchs sans défaite et un sprint irrésistible au moment où les autres prétendants : Concarneau, Chambly, Dunkerque et même Quévilly, qui paraissait hors de portée, cédaient les uns après les autres. Et voilà comment la Berri partagea d’abord le podium avec Quévilly à une journée de la fin et décrocha in extremis le titre devant un stade archi plein, grâce à un match nul tiré par les cheveux. Seul le résultat compte diront les supporteurs et l’on oubliera ce parcours en montagnes russes pour ne retenir que ce retour chez les pros au terme de la saison 2016-2017. Un retour lourd de conséquences.

Le statu pro préservé

La réussite sportive est évidemment la première satisfaction que tirent les supporteurs de ce retour au rang deux de l’élite. Le supporteur existe pour faire gagner son équipe. Mais tout le monde avait également en tête le risque quasi mortel qui pesait sur le club. Passer une troisième année en National, c’était perdre le statut professionnel avec pour première conséquence la fermeture du centre de formation. Or le centre de La Tremblère près d’Arthon, c’est la pépite du club. Parce que sa renommée est nationale, grâce à la qualité de son encadrement, et cette renommée a deux effets. Le premier c’est d’attirer de jeunes talents vers Châteauroux. Les plus doués, au terme de leur parcours de formation, partiront dans de grands clubs après avoir brillé au sein de l’équipe. Le dernier cas est celui de Mateta, aspiré par Lyon au bout de quelques journées de championnat, moyennant le versement de 4M€. Un sacré bol d’air pour les finances du club. De plus le club formateur reçoit des royalties à chaque fois que son élève passera dans un club plus huppé. Mais en attendant leur départ, ces jeunes champions en devenir permettent d’offrir à la Berri un banc de qualité voire des titulaires, sans se risquer dans des achats hasardeux sur le marché des transferts. Le centre de formation pérennise aussi des emplois locaux à La Tremblère en plus du personnel administratif qu’exige une section professionnelle au siège du club. La Berrichonne, c’est une PME qui risquait de se retrouver en grosse difficulté.

Des finances assainies

Lorsque Thierry Schoen s’est retrouvé à la tête du club, au cours de la saison 2012-2013, la situation sportive du club était problématique – il vécut d’ailleurs deux saisons cauchemar en ligue 2 – mais surtout l’état des finances était préoccupant. Il fallut d’ailleurs mettre un temps La Tremblère en sommeil. Une gestion au plus juste et quelque transferts ont permis de traverser cette passe difficile. Les Castelroussins n’ont d’ailleurs jamais eu de problème avec le gendarme financier de la ligue devant lequel il faut chaque année présenter les comptes du club. Avec le retour des droits télé versés aux clubs de ligue 2 Thierry Schoen retrouve un ballon d’oxygène. Mais il faudra aussi recruter pour éviter de jouer avec la menace permanente de la relégation. Or l’agent recruteur de la Berri, le « Monsieur transferts miracles » après une saison de relations houleuses avec Michel Estevan, l’entraineur. Que va devenir ce dernier justement ? C’est à cette question (et à bien d’autres que répondra le président dans un prochain numéro). En attendant, les footballeurs qui resteront au club sont en vacances jusqu’au 26 juin.

Pierre Belsoeur


Pour monter, il faut aussi changer la pelouse

Le synthétique magique devait durer douze ans. La ligue professionnelle en a décidé autrement. Un investissement très mal amorti.

Soit une pelouse synthétique à 1M€ destinée à durer entre dix et douze ans. Soit une ligue professionnelle de football qui décide que cette pelouse ne doit plus être utilisée pour les matches de ligue 2. Soit une Berrichonne de Châteauroux qui retrouve la Ligue 2 lors de l’avant dernière journée de championnat de National. Combien le contribuable castelroussin devra-t-il payer pour le passage du synthétique à la pelouse mixte ? Pas un sous avait assuré Gil Avérous. Le maire n’imaginait sans doute pas dans quel imbroglio allait se dérouler ce changement de pelouse.

La Berrichonne ne peut pas obtenir de subventions de la part de la Fédération française de football. Cette dernière est responsable du foot amateur et n’a pas interdit, à la différence de la ligue professionnelle, l’utilisation des terrains synthétiques. De son côté la ligue ne peut subventionner la Berrichonne puisqu’elle ne fait pas partie des clubs dont elle a la responsabilité, au moment où elle change sa pelouse Le cochon de payeur devra donc une nouvelle fois être le contribuable.

Le maire de Châteauroux s’en est expliqué lors du dernier conseil municipal demandant aux élus d’affecter 1,2M€ au changement du revêtement et à l’entretien du nouveau revêtement. L’opposition est bien évidemment montée aux créneaux pour dénoncer la volte face.

Gil Avérous a affirmé que la ville ne paierait que l’équivalent de l’amortissement restant à courir, soit la moitié du coût des travaux, le reste étant pris en charge par le club de La Berrichonne de même que les frais d’entretien. Le passage de la pelouse synthétique à une pelouse mixte entrainera des frais d’entretien supplémentaires (c’est justement sur l’élimination de ces frais que Jean-François Mayet avait basé son argumentation pour justifier l’investissement dans une pelouse synthétique voici six ans). Ils coïncideront avec l’absence d’augmentation de la subvention qu’aurait dû percevoir le club pour son retour en ligue 2. Le maire espère enfin que le département et la région pourraient participer également à cette dépense. Cela n’a pas convaincu l’opposition, mais le dossier est tout de même passé. « Vous ne vouliez tout de même pas que nous renoncions à l’accession et perdions l’équivalent d’une PME. »

P.B.