De ma fenêtre par Gérard Bardon

De ma fenêtre

Encore une année qui s’achève, une année chaotique où l’hyperinformation, les réseaux sociaux, mécanique de fluides haineux déversant leur bile à l’abri de l’anonymat, entretiennent un climat mélancolique, soupçonneux, délétère. Et de ma fenêtre, face à l’énorme et sage tilleul qui venait de perdre sa dernière feuille, j’observais quelques bizarreries, à rire ou à pleurer, plus ou moins dangereuses pour notre société.

– Dans le JDD, Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement, a estimé que la France du XXIe siècle n’était pas celle « des gars qui fument des clopes et roulent en diesel ». Quel mépris, quelle arrogance… en plus de les taxer, ce monsieur stigmatise, ringardise, se moque des conducteurs de diesel. Monsieur le parisien favorisé, vous êtes un cynique. Sans doute êtes-vous trop jeune pour vous souvenir que pendant des années, nos gouvernants ont incité à l’achat de véhicules diesel. Tous les ministres de l’écologie ont encouragé les Français à choisir ces voitures. Consommant moins, elles produisaient moins de CO2. Pour toute une partie de la population française, la moins fortunée, ces véhicules, souvent achetés d’occasion, étaient le moyen de réaliser des économies sur les frais de carburant. D’autre part, dans les campagnes françaises, vous savez là où l’herbe, le blé et les arbres poussent, il n’existait aucun autre moyen de transport. Il est évident que nous préférerions nous déplacer sans polluer l’air ambiant mais une prime de 2000 à 4000 euros sur un véhicule de 25 000 euros est-elle incitative? Vous faites preuve d’une hypocrisie, d’un mépris social malvenu au moment où la fracture territoriale ne cesse de s’aggraver. De plus, les voitures électriques nécessiteront sans doute la construction de nouvelles centrales nucléaires, penchez-vous plutôt sur la fabrication de systèmes de dépollution efficaces, moins coûteux et écartant tous dangers.

« La Seine-Saint-Denis s’est-elle islamisée ? » Les journalistes-éboueurs Gérard Davet et Fabrice Lhomme viennent de découvrir que le feu ça brûle, que la pluie ça mouille… Alleluia… ou plutôt « Inch’Allah ». Mieux vaut tard que jamais ou : si on se faisait un peu de fric ? Allez savoir. Se réveillant en sursaut du rêve bien-pensant, les deux journalistes du Monde sont les auteurs d’un livre : « Inch’allah : l’islamisation à visage découvert » qui entend dénoncer « l’islamisation » à l’oeuvre en Seine-Saint-Denis. Ils ont dirigé cette enquête, avec l’aide de cinq étudiants en journalisme, mettant en avant le caractère inédit, à la fois de leur démarche et des faits relatés. Problème, l’ouvrage dit faire des « révélations » sur des sujets maintes fois traités mais quasiment passés sous silence ou minimisés par le Monde et les siens. Et oui, lorsque des bien-pensants se réveillent, peut-on espérer ???

– Toujours dans le style: c’était donc vrai! Des parents, des enseignants, des politiques découvrent l’incivilité, la violence dans les écoles. Mais à force de fermer les yeux sur les premiers petits dérapages, on lâche du lest, on encourage. Chaque reculade républicaine a permis l’avancée de l’irrespect, du refus de l’autorité, de la violence. Le mythe de l’enfant-roi, les vieux restes soixante-huitards, le laisser aller communautariste, l’angélisme dogmatique doivent s’assumer.

Une dernière réflexion que nous devrions tous avoir lors des six mois qui viennent, entre la célébration du centenaire de la Grande Guerre et les élections européennes, méfions-nous des pertes de mémoire. L’inculture historique, les crises mal maîtrisées des migrants, les difficultés économiques doivent-elles nous conduire vers un nationalisme de triste mémoire? La Première Guerre mondiale a fait des millions de morts, civils et militaires: « Il y a Chantoiseau le jeune, qui recommence tout haut le compte de ses blessures, et d’heures en heures en découvre une nouvelle ; il y a Petitbru, qui ne cesse de hurler ; il y a Jean qui ne dit rien, immobile sur le dos, mais qui tousse par longues quintes exténuées, et tourne un peu la tête pour cracher les caillots qui l’étouffent ; et Gaubert, et Beaurain, et Chabeau qui délire toujours […] Et la nuit dure toujours. » (Extrait de Ceux de 14 de M. Genevoix). « Plus jamais ça » clamaient les nombreux pacifistes européens avant de remettre ça une vingtaine d’années plus tard, le nationalisme imbécile ayant fait son oeuvre… Alors je redis, réfléchissons avant de mettre notre bulletin de vote dans l’urne. Le prix de l’essence, l’augmentation de la CSG, la tentation du repli sur soi… ne doivent pas guider le choix, il y aura d’autres élections pour cela. Je suis Français bien évidemment mais dans une Europe unie, fraternelle. Une Europe qui devra se réveiller et se transformer: « Un jour viendra où vous France, vous Russie, vous Italie, vous Angleterre, vous Allemagne, vous toutes nations du continent, sans perdre vos qualités distinctes et votre glorieuse individualité, vous vous fondrez dans une unité supérieure, et vous constituerez la fraternité européenne… » (Victor Hugo, Congrés international de la paix en 1849). Ce gros couillon de Trump ne peut avoir raison…

Comment peut-on réunir autant de monde pour le prix d’un litre d’essence, certes pénalisant voire catastrophique pour certains, et se mobiliser mollement contre le terrorisme, la violence, la dégradation de notre planète ???

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