Echos – La pauvreté avance en Loir-et-Cher, hélas

Des situations multiples et des « oubliés » notamment dans le monde rural comme l’a démontré une exposition visible jusqu’au 28 novembre à l’Hôtel du Département à Blois.

Le Secours catholique Caritas France a rendu son rapport annuel sur l’état de la pauvreté en France. Martine Joly, présidente de la délégation loir-et-chérienne a fait un point de la situation.
Trois mille cinq cent. C’est le nombre de personnes rencontrées par les 310 bénévoles du Secours catholique cette année en Loir-et-Cher, dans les 19 lieux d’accueil. Les trois quarts d’entre elles ont un fort besoin de soutien financier, mais c’est aussi l’écoute et le conseil qu’on vient chercher auprès des bénévoles du Secours Catholique. « Nous sommes dans un département rural, on essaie d’aller au plus près des personnes. Les difficultés s’accumulent avec les difficultés financières. 40 % des personnes rencontrées viennent essayer de rompre la solitude et l’isolement, la désocialisation dans un contexte social dur », explique Martine Joly, présidente de la délégation de Loir-et-Cher. « Une personne sur dix est sans ressource, 50 % des individus n’ont que des revenus de transferts sociaux », poursuit-elle. L’énumération chiffré se poursuit : 56 % des personnes rencontrées sont des couples ou personnes seules avec enfants ; de plus en plus d’hommes seuls. Tandis que 33 % sont des personnes âgées. Un pourcentage plus élevé en Loir-et-Cher qu’au niveau national (27 %) : le vieillissement va souvent de paire avec la paupérisation. L’équipe du Secours catholique constate également une « surreprésentation des femmes isolées (43 %), des mères avec enfants, des femmes seules ». Un quart des personnes ont un emploi précaire (CDD, intérim, temps partiels). Trois sur dix sont au chômage. « Un chiffre en baisse mais il s’agit d’emplois précaires… » précise Martine Joly. 40 % des personnes ne sont pas en mesure de chercher et trouver du travail : trop âgés, ou trop jeunes. Contrairement à ce que les rumeurs et mauvaises informations peuvent parfois laisser croire, 85 % des personnes rencontrées sont françaises. 15 % sont des migrants venant d’Afrique Subsaharienne ou d’Europe de l’Est, principalement rencontrés à Blois, Vendôme et Salbris (lieux de centres d’accueils provisoires).

Une note d’espoir
Pour tenter de faire face, les bénévoles et l’équipe coordinatrice du Secours Catholique continuent leur politique de proximité, notamment avec la rénovation et l’ouverture de nouveaux points d’accueils, comme à Romorantin-Lanthenay en fin d’année, au numéro 11 de la rue des Limousins. « Nous soutenons et accompagnons aussi les familles pour l’accès à leurs droits : le non recours au RSA représente 5,45 milliards d’euros, qui devraient être versés mais qui ne le sont pas. Le non recours à la CAF, c’est 4,7 milliards d’euros. Les raisons sont connues : démarches administratives compliquées, honte à demander le RSA, découragement, abandon… ». L’accompagnement et le retour vers l’emploi est donc ; là aussi, une priorité pour Martine Joly et ses équipes, « en lien avec les maisons départementales de cohésion sociale. Il faut d’abord rompre l’isolement des personnes, et accompagner les projets en favorisant la mobilité, un gros frein pour tous ». Heureusement, les bénévoles ne perdent pas complètement espoir, et beaucoup acceptent de se former pour répondre aux multiples enjeux liés à ce bénévolat. « Il y a une certaine forme de professionnalisation », indique Martine Joly, « nous devons changer notre manière de voir les bénévoles. Est-ce que les retraités d’aujourd’hui ont envie d’être tous les jours à l’accueil des personnes ? ». Signe des temps positifs, pour finir sur une note d’espoir : « De plus en plus de personnes qu’on accompagne deviennent elles-mêmes bénévoles au sein de l’association ». Rien de tel pour aider les autres que de connaître la réalité de la précarité, de la solitude, de l’isolement.

F. Sabourin