Juliette Armanet, à la folie, à la folie…

MUSIQUE Avant les Francofolies de La Rochelle, après le Printemps de Bourges et le festival Terres du son à Tours, la chanteuse a posé sa voix à Blois le soir du 13 juillet. Retour sur une rencontre joyeuse sur les bords de Loire.

Emilie Rencien

« J’aime bien! « J’adore! » Juliette Armanet s’est montrée enthousiaste d’être de passage  à Blois vendredi 13 juillet, et nous également par la même occasion. Il faut dire que nous sommes fans, donc conquis par avance. Alors quel bonheur d’interviewer pour la deuxième fois, l’artiste aux sonorités romantiques. A Bourges, l’intéressée avait confié écrire dans son lit, en pyjama, programmée selon elle génétiquement pour la mélancolie. Une version romancée car à son arrivée à Blois, le bonheur s’affichait plutôt sur sa silhouette arrondie. Il y a quelques semaines, elle déclarait d’ailleurs dans le magazine Elle avoir des envies de couple et d’enfants. Son souhait, imprimé sur papier glacé, semble exaucé. Elle sera maman au mois de novembre et en attendant, elle assure une tournée des festivals ici et là, savourant son succès naissant. « Le bonheur se vit plus qu’il ne se raconte, » explique la chanteuse, demeurant discrète sur sa vie privée, préférant détailler son travail. Mes chansons sont mélancoliques car en fait, il y a des douleurs, des malheurs de la vie qui nous ont construit et sur lesquels on disserte pour les transfigurer.» Et puis, sur scène, Juliette Armanet fait toujours monter un « Alexandre », du titre de l’un de ses tubes, qu’elle asseoit à côté d’elle, devant son piano et qu’elle gratifie d’un bisou sur la joue à la fin de la chanson. «C’est un jeu de séduction très tendre et bienveillant. Comment réagirait une femme si un homme faisait pareil ?  Je suis une femme gentiment dominatrice (Rires). Nous avons peu de privilèges, on nous doit bien ça, non ? »

Vies de future maman et d’artiste accomplie, en harmonie

C’est ainsi une conversation avec Juliette Armanet, très décontractée, teintée d’un second degré qu’elle cultive. Ce premier album, « Petite amie », l’a d’emblée propulsé sous les feux de la rampe. La deuxième galette sera sans doute plus périlleuse, après un tel carton. « Vous avez raison de le faire remarquer, c’est vrai, » confirme-t-elle. « J’ai l’impression que l’on est attendu au tournant, mais il faut faire les choses pour soi, c’est la base. Si tu écris pour tel journaliste car tu penses qu’il va aimer, tu es mort ! Le succès ne réconforte pas, il apaise sans doute certaines inquiétudes, il donne la force et le courage pour monter sur scène. Pour le moment, je profite à fond de ce disque mais les choses vont se régénérer, je vais avoir à nouveau envie d’écrire et de composer. Le premier Olympia ne pourra être revécu, avec un coeur qui bat à 15 000 à l’heure, les premières fois sont toujours extra, il faut ensuite trouver l’endroit pour renouer avec ce goût du risque. Cette année fut tellement magique, avec des émotions totalement inoubliables. Cela m’a redonné confiance; même si je manque encore de confiance en moi, ça m’a donné de l’aplomb. Oui, j’ai 34 ans, je le suis lancée tard parce que d’abord, j’adorais mon métier précédent et puis, j’ai eu une éducation rigoureuse, alors le fait de s’exhiber et de monter sur scène devrait être bien calée pour me l’autoriser. J’ai mis du temps à trouver ma voie mais à trente ans, on se connaît mieux, les assises sont plus solides. C’est perturbant d’avoir d’un coup plein de gens qui s’intéressent à vous ! » Pendant qu’elle pronostique une victoire écrasante des Bleus à hauteur de 5-0 (elle ne se sera pas beaucoup trompée), elle continue de converser avec nous, en coulisses, sous un soleil de plomb, autour de sa nouvelle vie sur les routes et de son ancien métier de journaliste. «Je n’exerçais pas le même journalisme que vous, je réalisais des documentaires de fond pendant cinq-six mois. Passée de l’autre côté, je me rends néanmoins compte comment nous sommes dépendants des personnes qui nous interrogent. La promo est un mot pour moi un peu vulgaire, même si nous sommes là face à vous pour parler de notre travail. Si nous sommes mal questionnés, nous répondrons des choses plates, ou intelligentes si les questions sont bien senties. Il existe une maïeutique très forte, cela reste un vrai échange et j’ai parfois, suite à certains entretiens avec les médias, appris des choses profondes sur moi-même. J’aime bien ! » Et nous, définitivement, on l’adore, Juliette. « A la folie, à la folie », pour reprendre une autre de ses fameuses mélodies.  Nous trépignons d’ores et déjà d’impatience face aux accouchements en vue, en partie comblée par un nouveau morceau, dans la même veine que son style actuel, présenté à Blois le 13 juillet, et ailleurs où elle s’apprête à se produire cet été en live, et qui devrait a priori figurer sur le prochain album lui aussi en gestation.