Le jour le plus déprimant n’est pas qu’un fake…


Même si le jour de la marmotte n’est pas vraiment fêté à Punxsutawney, il existe vraiment. C’est le 2 février au Canada. Rien à voir avec le jour le plus déprimant de l’année dont on vient de dépasser la date de péremption comme celle d’un vulgaire yaourt. C’est un pseudo psychologue du nom de Cliff Arnall qui l’a créée de toute pièce pour se faire mousser. Les réseaux asociaux ont fait le reste. Ce « Blue monday »*, ou « jour du blues » bien avant la mort de Jeff Beck décédé un mardi, est l’exemple type d’une invention où la science, ou la vérité, sont autant absentes que la chair de crabe dans certaines marques de surimi. C’est un enfumage basé sur des données subjectives et des additions de pommes – les infos- avec des poires – ceux qui les reçoivent.
On ne sait pas si c’est à cause de ce jour à la noix que notre meilleure des Elizabeth du monde – depuis que celle de Grande-Bretagne, la n°2, est partie – n’a pas voulu forcer le destin. Annoncer les modalités de sa réforme des retraites ce jour-là, ce n’était pas bon pour la cote d’amour gouvernementale. Ajouter du stress au stress, même si ce n’est pas le vrai jour de l’araignée collée au plafond, ce n’était vraiment pas humain. Quoique humanité n’est pas la caractéristique la plus appropriée pour être associée à nos actuels gouvernants. Déconnecté du réel serait beaucoup plus proche de la vérité. Comment qualifier autrement la récente intervention d’Olivier Dussopt, le ministre du Travail, du Plein emploi et de l’Insertion, concernant la pénibilité de l’emploi. Il a benoîtement expliqué que, en gros, si tu es vieux et que ton boulot est fatiguant, ben, on va juste financer une formation pour en changer… « Étonnant non ? » aurait conclu le professeur Cyclopède.
Il est loin le temps où le petit Olivier avait une vision des prolos tout autre. Certes, seuls les imbéciles ne changent pas d’avis mais l’ex-jeune communiste était plus prolixe lors de ses interventions contre la loi retraite de l’un de ses prédécesseurs, Éric Woerth. En 2010, il déclarait qu’il fallait rechercher d’autres recettes que le report de l’âge de la retraite comme « la mise à contribution de l’ensemble des revenus » pour que « l’effort ne porte pas seulement sur les salariés ». S’il était passé par le compagnonnage plutôt que par le Parti Socialiste, le petit Olivier ne se serait probablement pas appelé Ardéchois cœur fidèle. Ou alors y avait erreur de casting. Parce que, sur ce coup-là, Iscariote le ministrable ça pouvait mieux passer !
Et puis, not’président à nous qui refile 400 millards supplémentaires, sur 7 ans, à nos militaires-soldats, pendant que les drapeaux de toutes les couleurs- même ceux de la CFDT, mélange de jaune et de rouge – flottent au vent des manifs. Y avait peut être besoin de remettre à neuf le matos mais avec 250 milliards sur le champ de tir, on finançait, en même temps, autant d’années d’éventuel déficit des caisses des retraites. C’est ballot. Cela va même finir par se voir que pour les prochaines présidentielles, il ne sera pas sur le coup, le Manu. C’est ce type de bêtises qui arrive quand on regarde Pascal Prault sur Cnews, ou Hanouna sur C8, plutôt que de suivre l’exposé de Pierre-Louis Bras, le président du COR (Conseil d’Orientation des retraites), sur LCP. Un énarque qui cause un Français compréhensible, c’est si rare. Il a pu expliquer sans ambage le résultat de ses réflexions face à un auditoire trop confidentiel. Malgré tous les éléments de langage des élus, ou pas, Renaissance, malgré toute la satisfaction visible des amis LR du Chouan, Dominique Retailleau et du lanceur de citrons, Éric Ciotti, malgré toutes les explications alambiquées des ministres, il a clairement annoncé que tout ça, les futurs problèmes de financement, c’était du pipeau au milieu d’un orchestre philharmonique !
Que l’on se mette d’accord, au regard de ce moment, entre la manif et la corde, la raison l’emporte encore. Cependant, si le jour le plus déprimant revient trop vite cette année, personne ne répondra plus de rien. Déjà que les naissances diminuent, qui paiera les retraites si on se met à la mode du Hara-kiri…

*Lundi bleu, lundi déprimé.

Fabrice Simoes