Le poulet d’après


“Abondance”. Selon la définition de n’importe quel dictionnaire, cela désigne “une grande quantité de choses, beaucoup”. Le Président de la République, Emmanuel Macron, qui se déplacera à Outarville (Eure-et-Loir) à la grande fête agricole, Terres de Jim, le weekend du 9 septembre, a provoqué une huée en haranguant “la fin de l’abondance” afin de préparer le quidam dans un effort national de décroissance à l’achèvement des grandes vacances et aussi littéralement, de l’insouciance. Effectuant sa rentrée, le 1er septembre en visitant le lycée horticole de Blois, dans son département de Loir-et-Cher, le ministre Modem de l’agriculture et de la souveraineté alimentaire, Marc Fesneau, sans que quiconque ne l’interroge sur ce point, a justifié cette énième déclaration élyséenne déprimante. «Le Président ne parlait pas de la fin de l’abondance pour les gens, mais bien de questions d’énergie, de chauffage, d’alimentation.» Il n’est pas évident que l’explication de texte supplémentaire convainc le chaland qui sent déjà la moutarde lui monter au nez (enfin, pour celles et ceux qui en possèdent encore un pot!), face à certains gaspillages pourtant persistants (réseaux laissant s’échapper de l’eau précieuse dans la nature, manque de transports en commun, autos électriques vantées malgré des batteries polluantes, etc.). Selon un deuxième sens, davantage littéraire, dixit Le Larousse concernant ce mot, parler d’abondance peut signifier « s’exprimer avec une grande facilité, en usant d’un vocabulaire riche, sans préparation, sans notes. » La politique de la chaise vide, s’interrogeront puis s’écrieront une poignée d’observateurs. Via des légendes volontairement apposées en ligne, sous une photographie issue de ce même déplacement de M. Fesneau à Blois. L’image, montrant au lycée horticole au premier plan des plantes ainsi qu’une chaise de coloris bleu (un peu moins soutenu que les chaises de la Croisette de Cannes), aura en effet particulièrement nourri les commentaires des militants politiques (installés évidemment sur des fauteuils de bord opposé à la majorité présidentielle), sur le mur d’un réseau social de la journaliste qui écrit ses lignes (Cf. l’objet du délit sinon sur notre p.6). Dans le marasme, eh oui, un siège mal positionné peut déclencher des quolibets. Comme quoi, même sans arrière-pensée initiale, le buzz s’assoit partout, à tout moment. L’abondance de polémique également. Assurément, il est certain que cette exubérance-là ne paraît guère tarie : la fameuse licorne du monde d’après-Covid aura apporté sur son dos pléthore de sources de pugilats et d’experts d’expertises de la crise. Sont nés en sus des professionnels de la profession de la manipulation de mots. Surtout sur les étiquettes, et ainsi dans ce contexte d’after fantasmé et finalement fomenté, nous sommes heureux de vous annoncer que le terme “canard” vient de trouver un nouveau synonyme, en passe de réaliser son entrée sur deux ailes dans le dico français : “poulet” ! C’est le nouveau scandale supposé, massivement relayé par les chaînes d’information en continu, qui a semblé faire pour sa part bondir le ministre Fesneau. Voyons, pourquoi donc s’offusquer puisqu’il est vrai que cela reste un volatile à plumes, cela demeure dans la famille.Tant que ce n’est pas du cheval ou même du chien, tout va bien … Tout de même, il n’empêche que l’autorisation gouvernementale donnée temporairement à l’industrie agro-alimentaire, confrontée à une pénurie et hécatombe palmipède, de remplacer les recettes sans transparence, ne produit pas un savoureux effet ni n’est du meilleur goût en termes de confiance, juste après les Buitoni, Kinder et consorts frelatés. Pour conclure positivement, que chacun(e) se rassure dans ce pot-pourri de rentrée 2022 : le désormais célèbre fromage de Haute-Savoie, l’Abondance, n’est dans l’instant pas en rupture, sans canard ni poulet. Au moins une bonne nouvelle, alors vous prendrez bien une part de cette vache qui rit, elle encore, avec aisance ?

Émilie Rencien