Romorantin : Licenciements chez Colonna : où en est l’entreprise ?

En octobre 2023, un plan de sauvegarde pour l’emploi (PSE) a été annoncé à Romorantin. Les articles de presse se sont multipliés depuis sur le bras de fer, qui oppose depuis l’automne dernier l’entreprise Colonna et les experts en protection sociale, Klesia et Malakoff Humanis. Dans cette épreuve de force, certains salariés osent prendre la parole.
Le feu aux poudres a été mis l’an passé par un gros contrat de la branche hôtels-cafés-restaurants (HCR). Pendant plus de dix ans, cet engagement d’importance était assuré par le groupe Colonna (relire www.lepetitsolognot.fr/romorantin-colonna-dans-lexpectative-150-emplois-dans-la-balance/. Les instituts de prévoyance parisiens, Klesia et Malakoff Humains ont néanmoins choisi, l’an dernier, de résilier, “unilatéralement” selon Colonna, cette donne, et de réattribuer ce marché conséquent à un autre multi-spécialiste français de conseil et de courtage d’assurance, Diot-Siaci. Des plaintes ont de fait été déposées par Colonna, des actions de justice sont en cours, et une saisie de documents a même été opérée aux sièges parisiens de Klesia et Malakoff Humanis en décembre 2023. Le courtier Colonna a tenté de lutter, avant de devoir se résoudre à annoncer 99 licenciements (150 initialement sur un effectif global de plus de 300 collaborateurs), dont deux tiers (80) à Romorantin. Dans cette histoire, celles et ceux que l’on entend moins, voire pas du tout, ce sont justement les salarié(e)s qui vont perdre peut-être leurs emplois. Si fin 2023, la justice a tranché en faveur de Klesia et Malakoff Humanis (Cf. encadré), un duo romorantinais accepte de sortir du bois. «Nous ne voulons pas la guerre. Mais nous trouvons que ce qui se passe est scandaleux. Klesia et Malakoff sont responsables de cette situation, » déplorent Patricia Maligne, cheffe de projet, et Sylvestre Figea, attachée au service courrier (syndiquée CFDT), respectivement dix-neuf et treize ans de boîte au compteur. « Qui partira ? Le PSE s’est terminé le 26 décembre 2023, les licenciements auront lieu d’ici la fin du mois de janvier 2024. Nous pourrions être nous-mêmes concernées; la liste n’est pas encore précisément établie, parce qu’il y aura des critères d’ordre, des reclassements et des départs volontaires, entre autres cas.»

« Que Klésia et Malakoff nous fassent une offre ! »
Les deux femmes jettent une bouteille dans la mer Klésia-Malakoff. « Ils laissent faire ces licenciements sans réagir, ce sont les salariés qui paient la note. Nous ne voulons pas être des oubliés, nous attendons donc qu’ils nous fassent des propositions, qu’ils reprennent certain(e)s d’entre nous, même en télétravail. Ou qu’ils donnent une indemnité, mettent la main au pot ! Diot-Siaci va avoir besoin de monde, et pas seulement dix personnes, compte tenu de l’énorme contrat qu’il récupère. Nos salariés sont sachants, déjà formés; pourquoi ne pas les recruter ?» Et Colonna dans tout ça ? L’information de la perte d’emplois, délivrée en octobre 2023 à la Pyramide de Romorantin autour d’un buffet, aura interpellé. « C’était au contraire très bien, » réagissent Patricia et Sylvestre. « Le PDG Xavier Colonna a pris le temps d’échanger de manière conviviale avec celles et ceux qui le souhaitaient. Quant à notre direction en Sologne, ce fut compliqué au départ, mais au final, l’accord après négociations est correct. Des aides à la formation, notamment, sont proposées. Nous tenons à saluer le signalement du député du Vendômois, Christophe Marion (Renaissance), auprès du Ministère du travail; c’est le seul à avoir réagi. Nous remercions en plus l’aide locale des délégués Alban Parvaud et Jean-Loup Covillers (Renaissance 41) qui ont pris du temps pour nous rencontrer et trouver des solutions. La CGT, par contre, raconte n’importe quoi sans être venue nous voir ! » Bien sûr, vingt ans plus tard, c’est le morose souvenir de la fermeture de l’usine Matra Automobiles qui est au passage ravivé dans la capitale de la Sologne. «La ville et ses commerces, que nous fréquentions, vont ressentir l’impact de ce tsunami,» a d’ailleurs souligné Patricia Maligne. Un bâtiment Colonna à Romorantin devrait en sus être mis en vente par voie de conséquence. “Et un autre mis en location,” a confirmé Mathieu Naquin, directeur du centre de gestion romorantinais Colonna (santé et prévoyance), le 4 janvier, en rassurant. “Cela répond à une logique économique comme pour toute entreprise. Nous ne quittons pas la commune ! Nous avions envisagé cette probabilité de licenciements. Le combat n’est pas pour autant fini, il y a encore des jugements attendus sur le fond. Bien sûr que perdre un gros contrat, c’est toujours délicat mais nous continuons à gérer nos autres clients dans la branche HCR ! Nous avons des clients aussi dans le sport, l’hygiène-prévention, les casinos-jeux, etc. Notre entreprise existe depuis 50 ans et ne met pas la clé sous la porte !” Pour preuve, puisqu’il y a toujours du positif dans la difficulté, le groupe Colonna vient de recruter Loris Tayer-Joffé, nouveau directeur de développement des forces commerciales, “issu d’un concurrent majeur du secteur”, selon Vincent Guérinet à la communication. Un profil en provenance en effet de chez Diot-Siaci plus précisément…
Émilie Rencien