Sortie littéraire : Je n’ai tué ni volé de Gérard Boutet

Pour l’honneur d’un curé injustement châtié.

La récente parution de Gérard Boutet, Je n’ai tué ni volé, est certainement le livre le plus abouti de la série des « Annales huguenotes ». Le titre évoque la complainte du Galérien que chantaient naguère Yves Montant et les Compagnons de la Chanson. Et pour cause !

L’ouvrage relate, sous la forme d’une biographie à peine romancée, l’incroyable existence d’un prêtre catholique qui, au lendemain de la Révocation de l’édit de Nantes, fut condamné à mourir aux galères. Son crime était d’avoir marié plusieurs protestants de notre région.

Dans les oubliettes de l’Histoire.

En dépit du vague souvenir que la tradition orale conservait de ses déconvenues, ce curé de complaisance – l’archétype du genre – posait une énigme insoluble aux historiens et aux généalogistes. En effet, on ne connaissait pas grand-chose de lui. Ses activités frauduleuses l’avaient obligé à prendre une fausse identité et à se cacher. Il prétendait s’appeler Bernard de La Serre, alors que son vrai nom était Berger ou Vergès. Le peu qu’on savait, c’est que sa paroisse était celle de Nids. Mais de nos jours, le village n’est qu’un hameau de Tournoisis (Loiret). À part cela, rien d’autre, ou presque.

La Providence fut fortement aidée par l’historien solognot Christian Poitou, qui mit entre les mains de Gérard Boutet une copie de documents judiciaires qu’il tenait lui-même d’une ancienne correspondante. Dénonciations, rapports de police, interrogatoires rédigés à la Bastille : ces vieux papiers dormaient depuis longtemps au profond des Archives Nationales. L’écrivain compléta ces pièces en compulsant de précieux écrits de l’époque. Ainsi put-il reconstituer un parcours de vie qui dépasse en péripéties et en rebondissements n’importe quel feuilleton d’aventures.

Une amitié hors du temps.

Le récit nous entraîne des montagnes du Béarn à la cour du Régent d’Espagne, puis des cachots des corsaires du Maroc à l’entourage de Roi Soleil, enfin des chaumières du Blésois au bagne de Toulon. Le plus surprenant est que tous ces épisodes sont véridiques, comme l’attestent les textes annexes consignés en fin de volume !

Gérard Boutet ne tarit pas d’enthousiasme pour le personnage qu’il a découvert et dont, façon de dire, il a partagé les tribulations. Au-delà d’un écart de quatre siècles, l’abbé Bernard de La Serre revit et devient, aux yeux de l’auteur, une sorte d’ami. Ce compagnonnage permet au romancier de déclarer en conclusion d’entretien : « L’Histoire abonde tellement de chapitres inimaginables qu’il est superflu de lui en coller d’imaginaires. »

Je n’ai tué ni volé. Éditions Jean-Cyrille Godefroy, Paris. 260 pages / 20 euros.