Lamotte-Beuvron : Garde à cheval sur deux siècles

Le 9 septembre, Jean de Marne a remis la médaille du travail échelon vermeil à Alain Auger, qui fut son garde chasse pendant 30 ans à Bouchetin, tout en ayant la particularité d’être le seul garde-chasse solognot à avoir eu quatre cerfs médaillés. Le propriétaire a souhaité par cette distinction « faire un réel témoignage de l’importance du travail réalisé par ces femmes et hommes de l’ombre qui font vivre toutes ces propriétés de famille qui constituent la majorité du territoire de Sologne qui ne se réduit pas à l’énumération des nouveaux grands domaines engrillagés. »
Né en avril 1960 de parents horticulteurs à Breuillet dans l’Essonne, Alain Auger après avoir obtenu deux BEP, option élevage et option cynégétique débute sa carrière en devenant agent technique aux Chasses présidentielles de Marly-le-Roi. Puis il s’installe comme gérant de bar-brasserie à Trappes pendant 8 ans. En 1991, il arrive en Sologne, créant à Saint-Viâtre un bureau d’aménagement cynégétique. En mars 1993, il devient garde-chasse à Bouchetin à mi-temps, tout en travaillant dans d’autres propriétés voisines, comme à La Gravette chez François Le Cornec à partir de 2000. Il élève avec sa femme Michèle dans son « logement de fonction » à la Grimaudière ses deux fils Mathieu et Xavier qui deviennent plus tard de véritables adjoints de leur père. À partir de juillet 2022, Alain Auger est à la retraite, regretté de ses employeurs, qui comme Jean de Marne, appréciaient cet homme de confiance et compétent, trouvant une solution à chaque problème rencontré. « Toujours très rigoureux et discret, qualités indispensables pour travailler avec deux ou plusieurs employeurs, Alain s’est fait estimer par tous ceux qu’il rencontrait dans l’exercice de ses fonctions », reconnaît Jean de Marne. Très ému, Alain Auger a apprécié « travailler sur plusieurs propriétés, ce qui m’a beaucoup appris et permis d’acquérir de l’expérience. J’ai eu aussi la chance, grâce à mon métier d’élever mes enfants dans un cadre idyllique. » Ayant exercé ses fonctions à cheval sur deux siècles, Alain Auger constate aussi que le métier de garde particulier a évolué : « Au XX éme siècle, le garde s’occupait uniquement des affaires de chasse, élevage du gibier et gestions des chasses. Aujourd’hui, le métier est plus complet car le garde prend en charge l’ensemble de la propriété, avec l’entretien des espaces verts et des bois, ainsi que des cultures s’il y en a. Il est à la fois garde chasse et agent d’entretien. »

Contre l’engrillagement et les parcs à gibier
Tout comme ses employeurs adeptes de la chasse ouverte, Alain Auger est contre l’engrillagement : « Bouchetin fait partie de plusieurs propriétés qui sont engrillagées malgré elles par leurs voisins. Sur ce territoire de 2 000 hectares, les animaux ne circulent plus, déplore-t-il. Pour dénoncer ce problème, j’ai créé une page FaceBook, Liberté Faunes Sauvages dans laquelle je prends partie contre l’engrillagement. Pour moi, les pouvoirs publics et la Fédération des chasseurs ne jouent pas leur rôle, car les lois existantes pour limiter l’engrillagement ne sont pas respectées, par exemple l’article 22 du schéma départemental de gestion cynégétique qui prévoit qu’un territoire doit être décantonné de son gibier avant la fermeture. J’ai repris toutes les lois qui nous protègent contre l’engrillagement mais malheureusement les pouvoirs publics ne les respectent pas. », explique-t-il avant de conclure sur sa carrière de garde : « Ce qui m’a rendu plus fier pendant toutes ces années a été la confiance que m’ont accordé mes patrons et le fait d’avoir tué quatre grands cerfs qui ont été primés, une médaille d’argent et trois de bronze. Ceci prouve qu’avec une bonne gestion et du savoir-faire, on obtient des animaux de grande qualité qui ont une symbolique plus forte que ceux chassés dans des parcs à gibier. »
Pour Pascal Bioulac, maire de Lamotte-Beuvron, présent, à la cérémonie, « cette médaille témoigne de la stabilité d’un salarié et de la confiance de ses employeurs. La chasse et les propriétés font partie de l’environnement de la Sologne. »

F. M.