Blois : Le sujet Hôtel-Dieu revient, relancé par celui de la Grèneterie

L’association des Amis de l’Hôtel-Dieu, reconnue d’intérêt général, a organisé le 18 octobre une réunion publique dans l’auditorium Samuel-Paty de la bibliothèque Abbé-Grégoire, pour se plaindre de la mairie. Et aussi et surtout, devant une centaine de personnes, pour remettre sur la table les dossiers qui agacent et démontrer que les Blésois(es) sont attaché(e)s à leur patrimoine.
Le bras de fer reprend. Depuis septembre 2019, les Amis de l’Hôtel-Dieu, site vendu par la ville de Blois à la société Mérimée, spécialisée dans l’investissement et la rénovation de bâtiments prestigieux, luttent pour faire entendre leurs voix. Ils ont même rédigé un projet alternatif, soit une maison des arts et de la culture. Il s’agirait selon leur souhait de créer un centre d’interprétation et d’information sur la patrimoine, sur les thèmes de la Renaissance et les châteaux de la Loire, qui serait accessible à tous, gratuitement, et qui regrouperait tous les arts (cinéma, peinture, musique, maquettes, etc.), un café et un restaurant, ainsi des jardins extérieurs. C’est que ces Amis aimeraient voir s’épanouir à la place des 97 logements et 100 places de parking prévus par le promoteur Histoire et Patrimoine (filiale de Mérimée) qui a acquis le fameux Hôtel-Dieu face à la Loire, sur le quai de l’Abbé-Grégoire. L’endroit, cédé par la Ville de Blois, abritait jusqu’ici des services de l’Etat, après avoir été notamment un hôpital qu’ont connu les plus anciens blésois. Le disque des Amis est toujours le même, la plainte sur les difficultés de communication avec la municipalité de Marc Gricourt (PS / NUPES) également. Se sont mêlés aux sempiternelles inquiétudes sur le sort de l’Hôtel-Dieu, le cas de la vente prévue de l’ancienne Gréneterie de Marmoutier, dite la Maison de la Tupinière, rue des Jacobins (Cf. Le Petit Solognot du 4 octobre 2022, LPS 795, et https://www.lepetitsolognot.fr/blois-quel-dessein-pour-la-turpiniere/) ou encore la toiture blanche de l’un des nouveaux restaurants « Fleur de Loire » du chef Christophe Hay, sans oublier, pour boucler la boucle récriminante, un autre chantier immobilier jadis contesté sur l’ancien hôpital psychiatrique du quartier Blois-Vienne. L’avenir du pavillon Anne-de-Bretagne, sur l’avenue Jean Laigret, a de plus été soulevée. À l’une des questions posées dans la salle, à savoir « Pourquoi ne pas avoir invité ce soir pour confronter les idées, le maire ou un représentant de la mairie ce soir? », le président des Amis, Michel Géant a répondu, accompagné du secrétaire, Xavier Anquetin. «La dernière fois que nous avons été reçus à la mairie, nous avons été considérés comme des pestiférés. Nous avons par contre écrit à un ancien maire de la ville, Jack Lang. » Le trésorier Jacques Hallais a ajouté : « La mairie nous avait dit qu’on nous associerait au dossier. Et pourtant, rien n’a été concédé, nous avons été écartés. La parole d’un maire pourtant, ce n’est pas rien !».

Braderie du patrimoine ou urgence économique ?
Toujours sur l’Hôtel-Dieu, trois recours administratifs divers (sur la cession et le permis de construire, notamment), gérés par l’avocat blésois des Amis, Me Micou, présent à la réunion publique de Blois précitée, sont enfin encore en cours. La Ville et la préfecture, pour leur part, douteraient de leur aboutissement… Une nouvelle main levée aura demandé au micro le 18 octobre. « Pourquoi la mairie, à la tête d’une ville d’art et d’histoire, se passe des talents des associations et préfère les prendre en grippe ? ». Le mot de la fin est revenu au président Géant qui a motivé les troupes réunies. « À plusieurs, nous sommes plus forts, alors continuons !», a-t-il exprimé face à l’union commune scellée entre les Amis du vieux Blois, les Amis de l’Hôtel-Dieu, les Amis du château, la Société des arts et des lettres, l’association de sauvegarde de la Tupinière, le comité départemental patrimoine et archéologie, et l’association Blois, patrimoine, paysage, environnement, cadre de vie. En coulisses, si d’aucuns soutenaient la démarche des associations, ils soulevaient l’utopie du projet alternatif, financièrement parlant, dans un contexte tendu pour les municipalités et collectivités… M.Géant a toutefois insisté : « Tout a été fait en catimini mais nous avons l’espoir, car il faut toujours rester positif, de la reprise d’une véritable concertation avec la mairie. » Lors du dernier conseil municipal daté du 26 septembre, l’édile Marc Gricourt avait tenu en citant des rénovations actées et /ou en cours (« office de tourisme, terrasses du Foix au château, jardins de l’Evêché, aître Saint-Saturnin retenue par la mission de Stéphane Bern, l’Hôtel Dieu en état grâce un investisseur privé »)-, à d’après ses termes, « mettre fin à des procès d’intention sur la mairie qui brade le patrimoine municipal. Où ça ? Nous avons une grande préoccupation de notre patrimoine mais parfois, la puissance publique ne peut pas tout. Notre Ville a par ailleurs une gestion saine de ses finances, nous avons diminué la dette de 12 M€ depuis 2008.»

Sempiternel dialogue de sourds versus investissements productifs ?
Selon l’association pluraliste d’élus, Villes de France, “jour après jour, partout en France, les Maires des villes de France et leurs équipes déploient des trésors d’ingéniosité pour maintenir la qualité du service public et ce malgré l’explosion du coût de l’énergie ou encore la revalorisation du point d’indice. Cette situation complexe pourrait devenir intenable pour de nombreuses villes au cours de l’exercice 2023, et aurait pour conséquence la baisse de l’investissement public assuré par les collectivités, et un recul du niveau de service public (…). Aussi, de grandes villes, en avril 2021, comme Paris et Marseille, rencontrant des soucis financiers, vendaient leur patrimoine pour renflouer leurs caisses … Alors, à Blois, braderie ou urgence économique ? Une sorte de 49-3 dégainé localement qui amène un dialogue de sourds avec des férus de vieilles pierres faisant fi des difficultés pécuniaires ? Le 18 octobre, les Amis de l’Hôtel Dieu ont précisé par exemple que “la DRAC valide car ne veut pas entrer en conflit avec la Ville de Blois,”provoquant sans cesse des “oh” et “ah” scandalisés. Pour les 43 lucarnes justement que les Amis de l’Hôtel-Dieu décrient dans le dossier d’Histoire et Patrimoine, le premier adjoint Jérôme Boujot explicite l’affaire, inversement, lors de nos questions le 21 octobre : “sauf qu’il y avait des lucarnes, que c’était comme ça avant selon la DRAC qui a des documents et qui est associée. Nous permettons au contraire au bâtiment historique de revivre. Et oui, le projet d’implantation d’une école de danse a avorté sur l’Hôtel Dieu car il fallait ajouter un plancher supplémentaire et la DRAC s’y est opposée pour ne pas dénaturer le lieu. Nous ne vendons pas pour vendre, mais pour que cela nous coûte moins cher. Et puis, nous privilégions les investissements productifs. C’est une bonne opération pour l’avenir de Blois. Actuellement, notamment du fait des recours qui retardent, nous payons quand même : l’Hôtel-Dieu vide, qu’il faut chauffer, etc., nous mobilise 200 000 € par an… ” Même si la priorité de la municipalité Gricourt ne semble pas très axée sur le patrimoine, difficile donc d’y voir clair dans ce brouhaha chargé de noms d’oiseaux, d’animosités personnelles parfois, au milieu de vrais experts et passionnés éclairés. Les avis, dissonants, affichent pourtant de bons arguments de plaidoirie des deux côtés… Quant à la sortie patrimoniale en conseil municipal fin septembre qui en aura choqué plus d’un, à savoir “la maison du gardien du Jeu de Paume aurait méritée d’être bombardée en 1940”, Marc Gricourt affirme “regretter”.
Émilie Rencien
Contact : amis.hoteldieu.blois@gmail.com