Des femmes qui ont inventé notre temps

Dominique Labarrière, bien connu des Solognots, vient de sortir un dernier ouvrage intitulé «Des femmes qui ont inventé notre temps». Nous l’avons rencontré.
Le Petit Solognot : Pourquoi ce nouveau livre ?
Dominique Labarrière : Disons qu’il s’inscrit dans la continuité de précédents ouvrages dans lesquels je m’intéressais aux causes de l’infériorisation de la femme dans nos sociétés. Avec celui-ci, j’évoque des personnages féminins qui présentent la particularité d’avoir délibérément pris le pouvoir sur leur vie. En fait, je persiste à tenter de montrer que, si le sexisme est une injustice intolérable, il relève avant tout de la plus grande stupidité. Au Xe siècle, chez nous, en Europe, des femmes pratiquent au grand jour la médecine, l’enseignent dans des écoles qui préfigurent les facultés d’aujourd’hui, pratiquent la chirurgie, écrivent des traités médicaux, et huit siècles plus tard, à la fin de l’Empire, en France, une femme doit prendre un pseudonyme masculin pour étudier et devenir une gloire mondiale de la physique et des mathématiques.
LPS : Comment avez-vous sélectionné ces femmes ?
D. L. : Le choix est assez arbitraire, en vérité. Je souhaitais surtout que ces évocations, parfois très brèves, couvrent un spectre aussi large que possible. Cela va d’Hypatie, au IVème siècle, à Billie Holiday ou Joséphine Baker en passant évidemment par des incontournables comme Olympe de Gouges, George Sand, Christine de Pizan, Rosa Luxemburg, l’ébouriffante Mary Wollstoncraft et même Jeanne d’Arc ou Agatha Christie, et d’autres encore. Notamment, une très grande oubliée de l’histoire contemporaine, l’Américaine Frances Perkins.
LPS :Nous pouvons supposer que toutes seraient aujourd’hui d’ardentes militantes féministes ?
D. L. : Je ne sais pas. Tenez, Colette – la grande romancière, femme d’une totale liberté de moeurs et de pensée – avait les féministes en horreur. « Une femme qui se croit intelligente réclame les mêmes droits que l’homme, disait-elle. Une femme intelligente y renonce. » Je serais bien présomptueux de prétendre penser à leur place. Cela dit je m’autorise à douter que, pour la plupart, elles se reconnaîtraient forcément dans l’activisme néo-féministe d’aujourd’hui, qui, apparemment, tend à se réduire à une guerre des sexes. Comme dans toute guerre, il s’agit de détruire plus que de construire, me semble-t-il. Non, comme je le disais, les femmes que j’évoque dans ce livre ont pris le pouvoir sur leur vie. La leur de vie. Pas nécessairement celle des autres. Et en tout cas, pas de force. C’est toute la différence.

Dominique Labarrière, Des femmes qui ont inventé notre temps, Éditions Véga. Collections Tremate. 16,90 euros.