Centre-Val de Loire : Ces citoyens lanceurs d’alerte

C’était en février de cette année. Pour la première fois, depuis Mer, collectifs et associations annonçaient unir leurs forces en créant une première coopération des luttes locales en région Centre-Val de Loire. Parmi leurs combats, les plateformes logistiques, l’engrillagement, et plus généralement, tout ce que ses membres jugent non respectueux de l’environnement, du climat et de la biodiversité.
En 2022, la parole se libère.Sans fard, au grand jour, Luttes locales Centre, première coopération régionale citoyenne, agit ainsi “localement contre les grands projets destructeurs et inutiles”. L’entité militante, très active, regroupe des citoyen(ne)s
engagé(e)s et réunit plus d’une vingtaine de collectifs dont “La Loire vivra”, “Vierzon nord, hangars et tout camion c’est non !”, ainsi que “À bas le béton”. Quel genre de dossiers défendent-ils ou pilonnent-ils ? Le 9 septembre, à Outarville, dans le Loiret, par exemple, le Président de la République, Emmanuel Macron, était, vous l’avez suivi dans nos pages, en visite sur les “Terres de Jim”, l’évènement vitrine de l’agriculture européenne. Le chef de l’État a entre autres décisions de “pacte d’avenir” accordé l’assurance récolte au monde paysan au moral en berne lui offrant en guise d’anti-dépresseur ce qu’il souhaitait entendre depuis un an. Pour autant, cela suffit-il à un amour dans le pré ? Pas certain, surtout lorsqu’il était facile de constater sur place notamment un stand de pommes Pink Lady en proximité avec un espace vantant les vertus de… Total Energies. Luttes Locales Centre a d’ailleurs déploré : “Trois jours pour faire face aux défis du renouvellement des générations agricoles et du dérèglement climatique… Une intention louable, aux antipodes de la réalité des Terres de Jim à Outarville. Il n’y a qu’à regarder la programmation : concours de moiss batt cross, mob cross, baptêmes en hélicoptère, cours de fitness… Cet événement passe totalement à côté des questions de fond pour promouvoir, au final, d’anciennes pratiques et un modèle dépassé, incapable de répondre aux crises sociale, sociétale, écologique. Dans cette foire à tout, digne du jeu d’acteur du grand Guignol, l’agroécologie et le renouvellement des générations apparaissent ainsi comme des sujets annexes, dont le seul et unique but est de justifier les financements publics et privés.”

Loi artificialisation? Aliexpress ?
Aussi, après le champ d’outarville, si l’engrillagement de la Sologne fait partie des sujets sur lesquels ils et elles sont particulièrement attentifs, l’autre combat majeur de l’instant de Luttes Locales vise les plateformes logistiques. Deux sites de ce type doivent sortir de terre à Romorantin (projet Catella) et Lamotte-Beuvron (projet Idec), sans oublier celles annoncées à Mer et Vierzon. La réunion publique du 22 septembre à Lamotte-Beuvron fut plutôt houleuse, en mode dialogue de sourds entre riverains qui préfèrent voir la forêt depuis leurs fenêtres et élus qui vantent la sempiternelle création d’emplois. D’aucuns encore proposent des trains fret plutôt que des poids-lourds. À la tête de “À bas le béton” (40 adhérents environ), Noé Petit, qui fut à la fois lycéen et candidat aux élections législatives en juin dernier, possède sa théorie sur ce phénomène de “mode”. “En région Centre-Val de Loire, avec la nouvelle loi issue de la convention citoyenne pour le climat, les collectivités ont l’obligation de diminuer de 50 % tous les 10 ans leur artificialisation. Notre territoire est pour le moment peu artificialisé, alors les collectivités se dépêchent de construire durant la décennie actuelle pour repousser ainsi l’arrivée à zéro artificialisation nette,” explique-t-il. “Le phénomène d’implantation massive de plateformes logistiques en région résulte quant à lui d’une vision opportuniste des promoteurs d’entrepôts qui se dépêchent d’acheter les terrains et de construire pour ensuite louer le foncier à différentes entreprises du secteur logistique, pour qu’ainsi quand les terrains disponibles « à l’artificialisation » diminueront avec la baisse de 50 % tous les 10 ans, ils bénéficieront d’un monopole sur le foncier disponible. C’est un business de spéculation logistique ! Et les collectivités vendent les terres fertiles et les friches riches en biodiversité si précieuses, et même des terres forestières pour alimenter ce système ! En Sologne, outre un déboisement insupportable et un trafic de 400 camions par jour, l’une de ces plateformes selon nos informations serait destinée à Aliexpress, le pire du pire de la consommation dégueulasse ! Nous nous sommes donc mis d’accord d’une nécessité de lutte d’échelle régionale à travers ce tissu régional de collectifs et associations. Nous avons des armes comme la mobilisation, les avis défavorables aux enquêtes publiques puis les recours en dernière carte. À Beaugency dernièrement, le maire a renoncé à un projet de construction qui avait fait l’objet d’une enquête publique négative. Nous ne lâcherons rien car si demain les projets sont certes abandonnés à Mer, c’est à Meung-sur-Loire peut-être qu’ils se retrouveront. Or, nous ne voulons pas délocaliser le problème, nous voulons y mettre fin. Certains peuvent penser que nous ne sommes que 4 ou 5 engagés à Mer, mais si on multiplie ce nombre sur chaque commune, nous sommes finalement très nombreux à oser dire en France !”
É.R.
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