Soirée disco chez Boris

« Ce soir, Boris est chez lui. Il a éteint toutes les lumières. Il a son p’tit pantalon à pattes d’eph rouge, pompes blanches. Ce soir, attention, Boris danse. Ce soir, chez Boris, événemenent, c’est soirée disco. Il a débranché le téléphone !.. Entrée 15 balles et gratuit pour les filles. » À l’heure où vous lirez ces quelques lignes, comme dans la chanson de Philippe Dhondt, enfin, ce sera la fête non-interdite chez Alexander Boris de Pfeffel Johnson, ex-ébouriffé du 10 Downing Street. Un retour à une vie normale pour Bojo.
Mettons-nous d’accord, une vie normale c’est comme avant d’être maire de Londres. C’est aussi avant d’avoir remplacé Madame May au poste de First Minister. C’est celle où on peut faire une chouille, boire une pinte ou deux, tranquille à la maison sans que le Parlement ne vous demande d’en rendre compte et des excuses en plus. C’est celle où les copains de promo ne seront plus surveillés quand ils viennent vous voir. Boris était, est, sera, le cas à part de toutes les gouvernances de la monarchie parlementaire depuis qu’elle existe. Un homme qui aspire à une vie simple. Un peu le François Hollande des Anglais quoi ! Une évidence cependant, Boris est l’exception qui confirme la règle.
Un nouveau, une nouvelle, Premier ministre, a donc été nommé pour conduire la politique de la Grande-Bretagne. Il est maintenant temps de dresser le bilan de Boris Johnson -Bojo pour les intimes et les journalistes des tabloïds- le Boris modèle de ce qu’il ne faut pas faire pour tous les coiffeurs grand-bretons. Promettre monts et merveilles, il l’a fait comme les autres. Mentir comme un arracheur de dents, et on sait que sur les terres de sa Gracieuse Majesté la caste des dentistes et fabricants d’appareils dentaires n’est pas à négliger, il l’a fait comme les autres. Dire blanc et faire noir, il l’a fait comme les autres. Comme les autres aussi, il a voulu le beurre, l’argent du beurre et le sourire de la crémière avec l’Europe et son marché du beurre. Par contre, pas du tout comme les autres, il a redonné vie aux structures syndicales. Si Margaret Thatcher n’avait pas été incinérée, elle se retournerait dans sa tombe. Et pas seulement des pirouettes cacahuètes. Au regard des dégâts causés par Bojo en si peu de temps, la Dame de fer se serait pliée comme un vulgaire roseau à faire des triples sauts périlleux. À la manière des Virtuoses de Mark Herman, les anciens mineurs du Pays de Galles et du Nord de l’Angleterre ont rejoint les fanfares célébrant la renommée et la gloire de Bojo. Déconstruire le libéralisme des années 80, tellement mortifère pour les classes laborieuses qu’on en a pris exemple dans l’Hexagone, c’est à mettre à l’actif de Bojo, selon Jérémy Corbyn. Une grève qui regroupe plus de 40 000 travailleurs du rail représentés par le syndicat RMT (Rail, Mer,Transport) et la TSSA (Association des personnels salariés des transports) était devenu impossible. Cela ne pouvait plus exister … Les errements de Bojo, de ses amis aussi, l’ont permise ! Son dernier coup de génie, très populiste, est de taxer les supers profits. Taper dans la caisse des multinationales aurait dû calmer les cheminots, les marins et autre drivers de camions bennes. Même pas. Tout fout le camp ma pauvre Lucette, même chez les plus conservateurs de la planète.
Après sa soirée disco, Boris va donc retourner à son boulot de parlementaire. En Grande-Bretagne, lui, au moins, n’aura pas besoin de retrouver du taff. Il devrait siéger à la Chambre des communes en tant que député d’Uxbridge et South Ruislip. Ce n’est pas comme les récents non élus de la Lrem à qui not’ Manu vient de promettre du boulot. La période est assez fastoche pour recaser ce petit monde. Normalement avec la pénurie de profs et d’instituteurs, les 1200 conducteurs de trains et les chauffeurs de bus scolaires, les soignants en tous genres, de l’aide-soignant au chirurgien, qui manquent, ça devrait faire la rue Michel, non ?

Fabrice Simoes